Archive pour février 2010

magic (mars 2010)

Dimanche 28 février 2010


AQUASERGE

Ce Très Cher Serge

(Manimal Vinyl/Differ-Ant)

Compagnon de scène bien assorti d’Acid Mothers Temple, Bertrand Burgalat et Stereolab, Aquaserge (ou également “À quoi sers-je ?”) est signé sur un label américain, qui héberge notamment Warpaint. Celui-ci indique l’accointance de ce trio toulousain avec Frank Zappa, auteur en particulier d’un live tardif dont l’intitulé sonnait comme une profession de foi autant qu’une question soulignant l’aveu de solitude de ce virtuose moustachu : Does Humor Belong In Music? (1986). Voilà en partie résumé l’enjeu de la musique rocambolesque d’Aquaserge : associer aujourd’hui, et comme peu ont réussi à le faire par le passé, le jazz et le rock progressif doux avec l’humour revendiqué et, plus dur encore, un goût sûr. Certains représentants de l’école de Canterbury y sont parvenus : The Soft Machine à ses débuts, quand le trublion Daevid Allen et le flegmatique Kevin Ayers étaient encore de la partie, ou King Crimson avant qu’il ne se nomme King Crimson, c’est-à-dire à l’époque du trio monty pythonesque Giles, Giles & Fripp. Pour les égaler, le monde délirant de Serge, savant imaginaire réfugié au fond des mers et dans un sous-marin pour des aventures dignes des bandes dessinées jaunies dans un grenier, est décliné sur dix chansons chahutées par des voix qui rappellent davantage Les Frères Jacques que Jon Anderson de Yes ou Greg Lake d’Emerson, Lake And Palmer. Quant à la musique, assez précisément exécutée mais sans démonstration, elle se réclame d’un psychédélisme étonnement frais qui, autre bonheur, ne tombe jamais dans l’ésotérisme ou la mythologie de comptoir. Ceux qui apprécient les faits supérieurs de la library music française, comme Pop Symphony (1969) de Jason Havelock (Éric Demarsan pour l’état civil), L’Enfant Assassin Des Mouches (1971) de Jean-Claude Vannier ou La Planète Sauvage (1973) d’Alain Goraguer, seront charmés d’apprendre qu’ils peuvent compter avec des nouveaux venus. Pas de complaisance néobab à signaler de la part de ces derniers, on aurait plutôt affaire à des gentlemen échappés d’une case dessinée par Glenn Baxter

Julien Welter •••••°

poin poin

Dimanche 14 février 2010

AQUASERGE, ça glisse ! Nouvel album en 2010

Les frais français d’Aquaserge sortent sous peu leur troisième album: Ce Très Cher Serge, Spécial Origines, chez Manimal Vinyl.

Aquaserge, c’est un groupe, pour faire le malin, pour faire le critique, tu pourrais, à le décrire, bien compiler une centaine de noms de groupes Krautrock, psychédélique, sillon Zappa, ou pop aventureuse.
Pourtant j’y préfère ces trois mots: Plaisir, fluidité, couleurs.
Un groupe de jouvence qui croque le Fox-kraut, agile et souriant.
Aquaserge, c’est de l’expérimental que tu peux (presque) faire écouter à ta petite soeur qui préfère les pop-songs et les mélodies.
Aquaserge, enfin, ce sont des musiciens qui se sont frottés (pour ne parler que des plus connus) à Makoto Kawabata ( Acid Mothers Temple), Kinski, Stereolab, ou Bertrand Burgalat. Plus confidentiellement, il y a eu April March, Hyperclean, ou Tahiti 80.

http://poin2.canalblog.com/archives/2010/01/08/16430006.html

gonzaï

Dimanche 14 février 2010

«Il faut aimer la vie, même dans ses formes les moins attirantes.» (Jacques-Yves Cousteau)

Regarder la mer engloutir les cabines, caresser les poissons au coin du feu, danser comme une algue en matant le ciel déformé, Ce très cher Serge est le troisième album du groupe Aquaserge, issu des fonds trépanés d’un inconscient collectif qui fait glou-glou.

Il fut un temps où se réveiller tôt était une bénédiction. Les parents dormaient encore, on pouvait allumer la télé, profiter d’un peu de temps libre avant l’aurore, bien au chaud dans le silence du presque nuit. Bien évidemment sur l’écran, l’étendue des possibles était bien mince, ne restait alors que les documentaires écolo-flippants de Cousteau, un grand navigateur au corps effiloché dont le bout rouge était un repère au milieu du nul part. Aujourd’hui, on en conserve encore quelques bribes d’images floutées par le temps dégarni. De longs travellings silencieux rythmés par une voix spatiale d’un septuagénaire, le vide intersidéral des territoires vierges et l’ombre d’espèces vieilles de plusieurs millénaires. Tout ça, c’était l’enfance, la virginité avec quelques bulles d’air au fond. Et puis allez savoir… Cousteau, c’était peut-être le Keith Richards d’une génération d’aquariophiles.

Aimer la vie, dans ses formes les moins attirantes. L’aphorisme s’applique parfaitement aux toulousains d’Aquaserge. Inaccessible aux amateurs de marée basses, déconseillé aux réfractaires de mondes engloutis, tour à tour prog, récif, jazz, kraut ou psychépop, adaptant sa voilure à la force des vents, parfois Soft Machine sur de tribales embardées, tantôt chrétien-mantra à la Magma sur de proverbiales comptines à quatre minutes sous les mers, Aquaserge tente tout, s’écoute au casque, par vagues successives. En scaphandre biblique, sans repère. Sans refrain, sur des formats courts (Les algues, entre le Jimmy Hendrix Experience et Syd Barrett) ou longs, c’est selon. Sur Visions, c’est la bande-son rêvée d’une course-poursuite de blaxploitation entre un mérou badboy et une étoile de mer un peu sheriff. Plus bas, c’est Errance et sa basse requin marteau-piqueur, krautrock par défaut, jazz par envie, soutenue par les guitares mystiques d’un invité surprise : Makoto kawabata, d’Acid Mothers Temple. Que voulez-vous messieurs, le chœur a ses raisons que même les gros poissons ne connaissent pas. Lorsque le rythme s’emballe et la stridence s’apaise, on croit même reconnaître une filiation avec AS Dragon (première version, rassurez-vous) sur l’intriguant Ce très cher est perdu. Logique, les ex-musiciens d’Hyperclean, ont été formés sur le bateau Tricatel, tournant avec Burgalat, enregistrant d’ailleurs pour le nouvel album d’April March. Eh oui, même sous l’eau, certaines évidences restent claires comme de l’eau de roche.

A vingt mille lieues de toute comparaison, Ce très cher Serge cache sous son écaille dix chansons issues de l’école de Canterbury, dix odes aquatiques à placer entre Rock Bottom, Odessey and Oracle et Amon Duul 2. Hélas, tout comme Brian Jones (ou Claude François, pour les incultes), les français peinent à nager en eaux troubles ; qui saura se faire l’écho de leurs aventures périlleuses ? En attendant le miracle, de ce disque conceptuel, on retient la poésie dada et plusieurs longs voyages sans retour. Beau comme un dauphin échoué sur le bord de mer. Et courageux comme une truite remontant les courants.

Aquaserge // Ce très cher Serge (spécial origines) // Maximal Vinyl Records

par Bester

http://www.gonzai.com/content/aquaserge-ce-tr%C3%A8s-cher-serge